Violences Pénitentiaires et Acharnement Carcéral : stoppons la spirale répressive.

Cela fait main­te­nant plus de 6 mois que sept de nos cama­rades sont pour­sui­vis et mis en exa­men pour « asso­cia­tion de mal­fai­teurs ter­ro­ristes » suite aux arres­ta­tions du 8 décembre, un d’entre eux s’est vu renou­ve­ler son main­tien à l’isolement le 8 juin der­nier.

Alors que la pri­son est déjà en elle-même une ter­rible mise au ban de la socié­té, des­truc­trice des liens sociaux, impli­quant de graves consé­quences pour les enfermé·e·s et leurs proches, le direc­teur inter­ré­gio­nal des Services Pénitentiaires d’Île-de-France, Stéphane Scotto, a ren­du sa déci­sion de pro­lon­ger de 3 mois sup­plé­men­taires l’isolement de notre cama­rade.

Un large mou­ve­ment natio­nal contre le sys­tème car­cé­ral est entrain d’émerger.

La semaine der­nière, une mobi­li­sa­tion était orga­ni­sée pour récla­mer la libé­ra­tion du mili­tant pales­ti­nien George Ibrahim Abdallah. Le 30 mai der­nier à Lyon et dans plu­sieurs villes de France, une pre­mière Journée Nationale contre les Violences Pénitentiaires était orga­ni­sée à la suite du meurtre bar­bare d’Idir. Le 16 mars, un com­mu­ni­qué co-signé par L’Envolée, l’ACAT (Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture), l’A3D (Association des avo­cats pour la défense des droits des déte­nus), la LDH (Ligue des Droits de l’Homme), l’OIP (Observatoire International des Prisons), le SAF (Syndicat des Avocats de France), dénon­çait la répres­sion faite contre la dif­fu­sion de témoi­gnages sur les vio­lences péni­ten­tiaires. Le 24 juin, le rap­port du CPT (Conseil euro­péen pour la Prévention de la Torture) déplo­rait les condi­tions de déten­tion en France. L’agenda est rem­pli et la liste non-exhaus­tive.

Alors qu’aujourd’hui de nom­breuses voix s’élèvent contre les crimes poli­ciers et péni­ten­tiaires, contre les mitards et l’isolement, contre l’impunité, contre l’incarcération et la fabri­ca­tion de figures de cou­pables ins­tau­rées par la ges­tion poli­cière, judi­ciaire et car­cé­rale de la socié­té, nous dénon­çons le renou­vel­le­ment du main­tien à l’isolement du cama­rade incul­pé.

Ces der­nières années, les col­lec­tifs Justice et Vérité n’en finissent pas de se mul­ti­plier et les luttes s’étalent sur des années pour finir devant la CEDH quand aucun recours n’est plus pos­sible en France. La popu­la­tion car­cé­rale ne cesse d’augmenter, alors qu’elle est déjà par­mi les plus éle­vées d’Europe, mais les injus­tices sont tou­jours aus­si criantes. La « vie » en pri­son est insou­te­nable aujourd’hui et la loi que pré­voit Éric Dupond-Moretti va aggra­ver cette situa­tion.

On pou­vait lire ces der­niers mois dans le métro de Paris : « Devenez sur­veillants péni­ten­tiaires. Au coeur de la Justice » com­mu­ni­quant la volon­té gou­ver­ne­men­tale de ren­for­cer une poli­tique pénale contraire aux dési­rs de jus­tice trans­for­ma­trice ou répa­ra­trice théo­ri­sées par le fémi­nisme. A Rennes, la construc­tion d’une nou­velle pri­son est actuel­le­ment en pré­pa­ra­tion.

Comment ne pas prendre à bras le corps le pro­blème car­cé­ral comme un élé­ment essen­tiel d’un capi­ta­lisme tou­jours plus violent et d’un État tou­jours plus poli­cier ? Les mesures dis­ci­pli­naires et d’isolement en sont le paroxysme.

Nous dénon­çons la fabri­ca­tion de figures de cou­pables ins­tau­rées par la ges­tion poli­cière, judi­ciaire et car­cé­rale de la socié­té.

Cette construc­tion sociale com­mence à l’extérieur par la sur-occu­pa­tion poli­cière des quar­tiers popu­laires, par une cri­mi­na­li­sa­tion par­ti­cu­lière des per­sonnes sans papiers, non-blanches et/​ou pré­caires. Une stig­ma­ti­sa­tion qui dépasse toutes les bornes de la décence comme lorsque des poli­ciers se per­mettent de por­ter plainte contre Babacar Gueye après l’avoir abat­tu de 5 balles en 2015 dans le quar­tier Maurepas.

Cette construc­tion de la culpa­bi­li­té se pour­suit à l’intérieur des pri­sons, par l’existence de la Détention Provisoire (DP) qui per­met aux juges d’enfermer des per­sonnes durant des mois, voire des années avant un quel­conque pro­cès, en dépit du prin­cipe de pré­somp­tion d’innocence.

Cette sur-cri­mi­na­li­sa­tion se pour­suit encore quand l’Administration Pénitentiaire (AP) met en place des mesures par­ti­cu­lières contre certain·e·s détenu·e·s et prévenu·e·s. Telles que : le pla­ce­ment à l’isolement et en cel­lule dis­ci­pli­naire (mitard), ou encore le sta­tut de Détenu·e·s Particulièrement Signalé·e·s (DPS).

Ces mesures créent une pri­son au sein de la pri­son, elles déshu­ma­nisent des per­sonnes et tentent de les faire pas­ser pour des enti­tés par­ti­cu­liè­re­ment dan­ge­reuses, des cou­pables idéaux/​idéales, des condam­nés d’avance. Le domaine du non-droit s’étend, notam­ment au non de l’antiterrorisme qui nor­ma­lise ces mesures pré­ten­du­ment excep­tion­nelles.

Enfin cette ges­tion car­cé­rale de la socié­té nor­ma­lise des mesures admi­nis­tra­tives d’enfermement (comme lorsque l’on enferme sans jus­tice aucune des per­sonnes pour le simple crime d’avoir tra­ver­sé des fron­tières) ; et d’acharnement judi­ciaire après qu’un·e détenu·e ait pur­gé sa peine (comme c’est le cas de Kamel Daoudi, assi­gné à rési­dence depuis plus de 10 ans, et des Mesures Individuelles de Contrôle Administratif et de Surveillance (MICAS). La culpa­bi­li­té à per­pé­tui­té.

Nous dénon­çons les mesures par­ti­cu­lières de l’isolement et du mitard, assi­mi­lables à de la tor­ture psy­cho­lo­gique, ain­si que les vio­lences car­cé­rales. La mise à l’isolement, rap­pe­lons-le, empêche tout contact entre la per­sonne iso­lée et les autres détenu·e·s, (les seuls contacts avec des êtres humains sont donc ses maton·ne·s ain­si que quelques rares par­loirs) pen­dant une période de 3 mois, renou­ve­lable indé­fi­ni­ment.

Le cama­rade mis en exa­men dans l’affaire du 8 décembre, raconte son iso­le­ment qui dure depuis déjà plus de 6 mois. « Le lien social est pour l’être humain, un besoin vital. L’isolement s’apparente donc à de la tor­ture. Non pas une tor­ture phy­sique exis­tant par un fait ou un acte, mais une tor­ture plus per­ni­cieuse, invi­sible, per­ma­nente, exis­tant par cette absence conti­nue. »

Quand à la cel­lule dis­ci­pli­naire, cachot au fond du cachot, c’est l’endroit où se concentrent le plus de vio­lences. Ça n’est sans doute pas un hasard si tant de morts sus­pectes ont lieu pré­ci­sé­ment dans les mitards, à l’abri des regards. On peut citer le cas de Idir, mort en sep­tembre der­nier au mitard de Lyon-Corbas, deux semaines avant sa sor­tie. Ou celui de Zamani au mitard de Nantes en 2000, un mois avant sa sor­tie. Ou encore la mort de Jaouad en 2018. Et celle de Jules en décembre 2020 au mitard de Seysses, pri­son dans laquelle opère impu­né­ment une équipe de matons par­ti­cu­liè­re­ment vio­lents sur­nom­mée « l’escadron de la mort ». La liste est longue, impos­sible de ne pas faire ce constat : la pri­son tue.

Nous, syn­di­cats, orga­ni­sa­tions poli­tiques et col­lec­tifs auto­nomes, nous oppo­sons à :

- la construc­tion de l’image de cou­pables et la pré­somp­tion de culpa­bi­li­té induite par la géné­ra­li­sa­tion de la Détention Provisoire et des Centres de Rétention Administrative (CRA) ;

- l’acharnement car­cé­ral sous toutes ses formes : Quartier d‘Isolement (QI), Quartier Disciplinaire (QD), Mesures Individuelles de Contrôle Administratif et de Surveillance (MICAS).

En consé­quence, nous exi­geons la levée de l’isolement pour le cama­rade mis en exa­men dans l’affaire du 8 décembre et la sup­pres­sion de toutes ces mesures puni­tives et stig­ma­ti­santes.

Premiers Signataires :

Comité Soutien 812 – Rennes
Awa Gueye et le Collective Justice et Vérité pour Babacar
FRAP (Front Révolutionnaire Anti-Patriarcal)
UL CNT 35
Comité Soutien812 – Tarnac
UCL Rennes
Réseau Entraide Vérité et Justice
Collectif Vies Volées
Comité Vérité et Justice pour Lamine Dieng
NPA 35
Comité Soutien812 – Francilien
AFA Paris Banlieue
ACTA

Tribune_​AcharnementCarcéral sept 2021